Lune captive dans un oeil mort
Pascal Garnier

le Mardi 27 Septembre 2011. Posté dans Parce qu'il ne faut pas passer à côté

Lune captive dans un oeil mort

Propos sur « Lune captive dans un œil mort » ou de la « psychopathologie de la vie quotidienne » des séniors.

« Est ce que vous connaissez un polar en huis-clos adaptable au théâtre ? » Ici c’est le festival d’Avignon depuis quelques jours. Grand, barbu et très aimable, ce client et la dame qui l’accompagne prennent un thé glacé (pour elle), un Montagne Bleu (pour lui), et « 1275 âmes » de Jim Thompson. A sa demande, aucun polar ne me vient à l’esprit. Il s’en va en me laissant son mail. Je fais une recherche et je tombe par hasard sur le site du Nouvel Obs’ qui parle de « Les Insulaires » publié chez Zulma et de la mort de Pascal Garnier. Malheureusement je n’ai pas ce roman en rayon. Sur mes étagères je n’ai que « Lune captive dans un œil mort ». Disons- le, avec un peu de honte, je ne connaissais pas cet écrivain. Je me lance dans sa lecture car je fais confiance d’une part à Jean-Bernard Pouy qui signe la préface du livre et à Christophe Dupuis de la librairie « Entre deux noirs » qui est l’auteur des articles du Nouvel Obs’.

Comme influencé par la demande de mon client j’ai abordé ce roman comme une pièce de théâtre avec:

Les personnages principaux : Martial et Odette Sudre Maxime et Marlène Node Léa

Et les personnages secondaires : Mr Flèsh (le gardien) et Nadine (l’animatrice)

Les lieux : Résidence « Les Conviviales » qui accueille les séniors. Il s’agit d’une résidence surveillée dans le sud de la France, avec gardien, piscine, et un Club House où l’on a un accès internet, on peut aussi y faire des crêpes.

Le décor ainsi planté, Pascal Garnier nous relate le quotidien un peu monotone de ces seniors qui vont dîner les uns chez les autres, se prélassent au bord de la piscine, découvrent la région. Puis par petites touches successives, sans en avoir l’air, le quotidien s’émaille. Untel boit plus que d’habitude, celui-ci s’intéresse de trop près à la célibataire, et celle-ci qui parle trop souvent de son fils avocat, ce gardien qui tue à coup de pelle les chats qui pénètrent dans la résidence et l’ombre des gitans qui s’installent non loin de là. Un drame semble inévitable… on sait qu’il va se passer quelques chose, on ne sait pas quoi exactement. Tout au long du roman l’ambiance conviviale est petit à petit remplacée par la méfiance, la suspicion. Jusqu’au final spectaculaire. Le style de Pascal Garnier me fascine par sa simplicité. Aucune prétention. Le mot juste. Un talent inouï pour installer le trouble en quelques mots. Tout est dans ce roman : la poésie, l’humour et des dialogues qui font toujours mouche. Je n’ai qu’une envie : aller découvrir  L’A6, Vu imprenable sur l’autre, Les Nuisibles, La théorie du Panda.

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